Cohen quotes Jay-Z in French language interview, Hilarious!

Leonard Cohen's previous album (January 2012)
kalinowt
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Cohen quotes Jay-Z in French language interview, Hilarious!

Postby kalinowt » Thu Feb 09, 2012 10:07 am

See at end of interview. Translation follows. Cohen also talks about his friendship with Tom Waits, about the possibility of writing novels again, and his love for Montreal

http://www.lesinrocks.com/musique/musiq ... temporain/

Leonard Cohen: éternal contemporain
par Pierre Siankowski

C’est dans le salon des Aigles de l’Hôtel de Crillon, à Paris, que Leonard Cohen a donné rendez- vous aux journalistes d’une Europe affaissée. Ils sont venus du Danemark, d’Espagne ou même du Portugal pour écouter en sa compagnie, sous les plafonds à caisson et les ornements à la feuille d’or, son nouvel album Old Ideas. Deux chaises ont été disposées face aux critiques, sous une reproduction de la pochette du disque : Cohen photographié assis dans le jardin de sa maison de Montréal, en costume noir, avec des lunettes de soleil et un chapeau identique à celui qu’il arborait lors de sa dernière tournée. La décontraction apparente de l’homme sur l’image contraste avec l’empressement de la salle.

Deux Allemands s’assoient à l’extrémité gauche du premier rang. Un type vient gentiment leur demander de laisser les deux places libres, sans véritablement expliquer pourquoi. Disciplinés, les Allemands s’exécutent. Je me poste au deuxième rang, juste à côté d’une doublette espagnole – une femme et un homme. Enfin, une porte s’ouvre et Cohen fait son entrée sous des applaudissements maîtrisés. Jean-Luc Hees, patron de Radio France, l’accompagne. Cohen, mains dans les poches, est quasiment vêtu comme sur son album, lunettes de soleil en moins. Il salue les journalistes de quelques petits hochements de tête, puis prend la parole d’une voix calme et profonde. “Je sais que vos chaises ne sont pas très confortables, j’espère que vous tiendrez jusqu’à la fin de l’écoute. J’ai choisi de ne pas m’installer face à vous, je crois que je ne supporterais pas les grimaces et les rictus qui témoigneraient de votre désapprobation. Je vais donc m’asseoir parmi vous”, explique-t-il avec un léger sourire. Nouveaux applaudissements.

Quelques secondes avant que la musique ne commence, Cohen s’installe avec Jean-Luc Hees sur l’une des deux chaises vacantes du premier rang, face à sa propre photographie. Il croise les mains entre ses jambes, les deux pieds à plat sur le sol, la tête légèrement inclinée en arrière, comme s’il scrutait le plafond. Ses yeux se ferment lentement dès l’entame de Going Home, premier morceau qui débute sur cette confession : “I love to speak with Leonard/He’s a sportsman and a shepherd/ He’s a lazy bastard/Living in a suit” (“J’aime parler avec Leonard/C’est un athlète et un pâtre/C’est une grosse feignasse/Qui vit en costume”).

Je suis à un mètre cinquante à peine de Cohen, et alors qu’Old Ideas se déroule, je ne peux m’empêcher de m’attarder sur son visage – qui ne bougera pas d’un pouce durant l’écoute, à l’exception de quelques mouvements de glotte. Alors que les journalistes tentent de traverser cette épreuve piégée qu’est la découverte d’un disque avec son auteur – petits mouvements d’épaules ou de tête sur la mesure, rictus de satisfaction, prise de notes compulsive, air hagard calculé –, Leonard Cohen semble avoir bel et bien choisi de disparaître : sa politesse légendaire, certainement.

Pourtant, les nouvelles de ce dernier album sont plus qu’excellentes. Ceux qui avaient buté sur Dear Heather, sorti en 2005 et qui marquait peut-être la fin du couple “Bontempi-chœur de cousines” accompagnant le Canadien depuis des lustres (et n’est pas totalement absent du disque), seront peut-être d’emblée rassurés par le banjo entendu sur Amen, le deuxième titre, et qui donne même son nom à un autre morceau (Banjo, donc). Les mots de Cohen sont toujours aussi précis et envoûtants, portés par une voix de plus en plus caverneuse (écoutez Show Me the Place, sublime supplique posée sur un lit d’instruments à cordes, qui rappelle Tom Waits). Le blues est présent par endroits (The Darkness, bien sûr, et l’atmosphérique Anyhow, qui s’enchaînent), les amours et autres déclarations aussi (l’absolument folk Crazy to Love You, qui semble tout droit sorti de Songs from a Room, mais aussi Lullaby – qui conduira mes deux voisins espagnols à se prendre la main. Etaient-ils ensemble avant l’écoute d’Old Ideas ? Je n’ai pas osé le leur demander).

Ce que l’on aime par-dessus tout, c’est le génie avec lequel Cohen, facétieux commandant de son armée solitaire, prend son monde à revers sur ce disque que beaucoup auraient aimé voir comme son dernier (il serait déjà en train de travailler sur de nouveaux morceaux). Pas de chanson bilan, pas de testament bon marché sur Old Ideas, qui n’est au final qu’un tome de plus (et très réussi) de ce fondamental “manuel pour vivre avec la défaite” (les mots sont issus de Going Home) que le Canadien élabore méticuleusement depuis ses premiers poèmes. Leonard Cohen est en vie, et c’est avec une vigueur certaine qu’il se lève de sa chaise comme un cabri après la nouvelle salve d’applaudissements qui marque la fin de l’écoute. Il s’assoit en face de ses convives d’un soir, reçu comme un chef d’Etat (quel chanteur ferait déplacer le président de la radio publique nationale pour jouer le partenaire de ping-pong ?), écoute les questions et y répond avec la patience d’un paysan du Danube.

Est-ce qu’il aime le flamenco ? (un journaliste espagnol). Oui, bien sûr : “J’en joue même sur ma guitare, quand personne n’écoute.” Est-ce qu’il aime le fado ? (un journaliste portugais). Oui, bien sûr : “Quand je possédais peu de disques, j’écoutais en boucle un album d’Amália Rodrigues qui me fascinait littéralement.” Est-ce qu’il croit au boycott artistique ? (une journaliste israélienne). Non, pas du tout : “Je crois que l’art est le seul moyen de communiquer entre les hommes.” La réincarnation ? (un journaliste illuminé). “Je ne suis pas un adepte de ce genre de croyance. Mais si par bonheur il m’arrivait de me réincarner, j’aimerais être le chien de ma fille.” La crise qui rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres ? (un journaliste engagé). “Everybody knows.” La mort ? (un journaliste pessimiste). “J’en suis arrivé au point où j’ai compris que j’allais mourir.”

Cohen désamorce, Cohen badine, Cohen est sublime. Ses mots résonnent dans le salon des Aigles, la conférence de presse s’achève, l’Europe, déjà à genoux, se retrouve à plat ventre devant ce Canadien errant qui remercie ses invités avec une sincérité troublante (quand Cohen vous dit merci d’être venu, vous y croyez vraiment). Il enlève son chapeau, salue une dernière fois (en français) et disparaît derrière une porte.

C’est à ce moment que Robert Kory, son avocat, l’homme qui l’a remis sur scène et renfloué après que sa précédente manageuse l’eut arnaqué, m’invite à traverser le miroir pour une brève rencontre avec Cohen. Assis paisiblement sur un petit fauteuil, Cohen tripote une bague. A mon arrivée, il épelle lentement “I-N-R-O-C-K-U-P-T-I-B-L-E-S”. Je lui demande, pour commencer, s’il songe encore à l’écriture d’un roman (il n’en a plus écrit depuis Les Perdants magnifiques, en 1966). “Je n’exclus pas cette possibilité. J’ai envie d’écrire, j’aime la vie sédentaire qui va avec l’écriture. Ce serait formidable d’y parvenir, peut-être vais-je y parvenir, je ne sais pas. En tout cas, vous me rappelez qu’on m’attend encore sur ce terrain-là, ce qui m’honore.”

Sur Montréal, sa ville natale où il se rend de plus en plus souvent, Cohen joue encore le contre-pied. “Montréal est ma ville. J’y retourne toujours avec beaucoup de bonheur, c’est un des lieux où je puise mon inspiration. Mais c’est aussi un endroit où il est très difficile de trouver quelqu’un qui vous répare un chauffage au gaz. J’ai expérimenté ça cette année.” Lorsque j’évoque Tom Waits, les yeux de Cohen s’illuminent. “Tom est un ami, un homme formidable. J’écoute ses disques très souvent, ils font partie de ma vie. Je suis heureux que ma musique puisse évoquer la sienne.” Il cite aussi son ami poète Irving Layton, décédé en 2006, comme son inspiration fondamentale. “Je ne cesse de relire ses textes depuis sa disparition, il est une des sources de ce dernier disque.” Cohen n’exclut pas une prochaine tournée. “Il faut que je trouve le carburant nécessaire. Ce sera peut-être du vin.”

Et le rap dans tout ça ? Jay-Z fait-il partie de la vie de Leonard Cohen ? Il s’arrête, me fixe dans les yeux et, de sa voix inimitable, lance la punchline mythique du patron du hip-hop mondial : “I got 99 problems/ But a bitch ain’t one” (“J’ai 99 problèmes/Mais une pute n’en est pas un”). Leonard Cohen a 77 ans. Notre brève interview s’arrête sur ce K.O. technique d’une incroyable douceur, il en promet une plus longue, un jour peut- être : “Je suis encore jeune, nous avons le temps.”

Il salue poliment, je m’éclipse, rasséréné pour les six mois à venir : une rencontre avec lui équivaut à la prise de six anxiolytiques et vous ajoute trois ans d’espérance de vie. Puis sa voix résonne à nouveau. “Jeune homme, vous avez oublié quelque chose.” Leonard Cohen tient mon magnétophone à la main.

Google Translation

Leonard Cohen: Eternal Contemporary
by Pierre Siankowski
It is in the living room of the Eagles Hotel de Crillon in Paris, Leonard Cohen has made ​​an appointment to reporters of a Europe collapsed. They came from Denmark, Spain or even Portugal to play with him, under the coffered ceilings and ornaments in gold leaf, his new album Old Ideas. Two chairs were arranged face of criticism, as a reproduction of the album cover: Cohen photographed sitting in the garden of his home in Montreal, in black suit, with sunglasses and a hat identical to the one he sported during his last tour. The apparent relaxation of the man on the image contrast with the eagerness of the room. Two Germans are seated at the left end of the first rank. A guy just ask them politely to leave the two remaining places, without really explaining why. Disciplined, the Germans run. I post the second highest, next to a Spanish doublet - a man and a woman. Finally, a door opens and Cohen entered under controlled applause. Jean-Luc Hees, head of Radio France, accompanies him. Cohen, hands in pockets, is almost like wearing on his album, sunglasses and less. He welcomed the journalists a few small nods, then speaks in a calm and deep. "I know that your chairs are not very comfortable, I hope you take until the end of listening . I chose not to settle in front of you, I think I could not bear the grimaces and grins that would demonstrate your disapproval. So I will sit with you " , he says with a smile. More applause. few seconds before the music begins, Cohen moved with Jean-Luc Hees on one of two vacant chairs in the front row, facing his own photography. He crosses his hands between his legs, both feet flat on the floor, his head slightly tilted back, as if scrutinizing the ceiling. His eyes close slowly from the start of Going Home, the first song that begins with this confession: "I love to speak with Leonard / He's a sportsman and a shepherd / He's a lazy bastard / Living in a suit" ('J' like talking to Leonard / This is an athlete and a shepherd / It's a big lazy / Who lives in suit "). I'm barely five feet of Cohen, and then that Old Ideas takes place, I do I can not help to dwell on his face - that will not budge an inch during playback, with the exception of a few movements of the glottis. While journalists are trying to bomb through this ordeal of discovering a disk with its author - small movements of the shoulders or head to the extent grin of satisfaction, compulsive note-taking, haggard calculated - Leonard Cohen seems to have indeed decided to disappear: the legendary politeness, certainly. But the news of this latest album is more than excellent. Those who had stumbled on Dear Heather , released in 2005 and which marked perhaps the end of the couple "Bontempi-choir cousins" accompanying the Canadiens for ages (and is not totally absent from disk), may be immediately reassured by the banjo heard on Amen, the second title, and even gives his name to another song ( Banjo , therefore). Cohen's words are always so precise and haunting, carried by a voice increasingly cavernous (listen to Show Me the Place , sublime plea resting on a bed of strings, reminiscent of Tom Waits). The blues is present in places ( The Darkness , of course, and the atmospheric Anyhow , that are linked), loves and also other statements (the folk absolutely Crazy to Love You , which seems straight out of Songs from a room , but Lullaby - which will lead both my Spanish neighbors to take control. Were they together before listening to Old Ideas ? I did not dare ask them). What one loves- Above all, this is the genius with which Cohen facetious commander of his army alone, takes back his world on this record that many would have liked to see as his last (he is already working on new songs). No song record, will not cheap on Old Ideas , which is ultimately a volume of more (and very successful) of this fundamental "to live with manual defeat" (the words are from Going Home ) that Canadian meticulously prepares for his first poems. Leonard Cohen is alive, and it is with a certain force that rises from his chair like a kid after the new round of applause which marks the end of listening. He sits in front of his guests for the evening, greeted like a head of state (what singer would move the president of National Public Radio's partner to play tennis?) Listens to questions and answers with the patience of a peasant of the Danube. Does he like flamenco? (A Spanish journalist). Yes, of course: "I play my guitar even when nobody is listening." Is it love fado? (A Portuguese journalist). Yes, of course: "When I had a few disks, I was listening to an album of looped Amália Rodrigues fascinated me literally." Does he believe in artistic boycott? (An Israeli journalist). No, not at all: "I think art is the only means of communication between men." Reincarnation? (Lit a journalist). "I'm not a fan of this kind of belief. But if by chance I happened to be reincarnated, I would be the dog of my daughter. " The crisis that makes the rich richer and the poor poorer? (A committed journalist). "Everybody Knows." Death? (A pessimistic journalist). "I got to the point where I realized that I was dying." defuses Cohen, Cohen kids, Cohen is sublime. His words resonate in the living room of the Eagles, the press conference ended, Europe, already on its knees, finds himself groveling before the Canadien errant who thanks her guests with a disturbing sincerity (Cohen when you said thank you to coming, you truly believe). He removes his hat, greets once more (in French) and disappears behind a door. That's when Robert Kory, his lawyer, the man who presented on stage and bailed after his previous manageuse the 'was scammed, invites me to go through the mirror for a brief meeting with Cohen. Sitting peacefully on a small chair, fiddling with a Cohen ring. When I arrived, he slowly spelled "INROCKUPTIBLES" . I ask him to begin with, if still dream of writing a novel (he no longer writes for The Losers magnificent , in 1966). "I do not exclude this possibility. I feel like writing, I like the sedentary life that goes with writing. It would be great to do this, maybe I'll get there, I do not know. Anyway, you remind me that I am still waiting on that ground, which honors me. " In Montreal, his hometown where he goes more often, Cohen still plays against the foot- . "Montreal is my city. I keep going back with lots of happiness is one of the places where I draw my inspiration. But it is also a place where it is very difficult to find someone who repairs a gas heater. I experienced it this year. " When I mention Tom Waits, Cohen's eyes light up. "Tom is a friend, a wonderful man. I listen to his records very often they are part of my life. I am glad that my music can evoke his own. " He also quotes his friend poet Irving Layton, died in 2006, as its fundamental inspiration. "I keep reading his books since his disappearance, he is one of the sources of the latter disk. " Cohen does not preclude a subsequent tour. "I must find the necessary fuel. This may be the wine. " And the rap part? Jay-Z is it part of the life of Leonard Cohen? He stops, stares at me in the eye and, in his inimitable voice, launches the punchline of the legendary boss of hip-hop world: "I got 99 problems / But a bitch Is not one" ("I got 99 problems / But a bitch is not one "). Leonard Cohen is 77. Our brief interview stops on the TKO incredibly soft, it promises a longer, maybe one day: "I'm still young, we have time." He politely greets, I eclipse serene for the six months to come: a meeting with him is equivalent to taking six anxiolytic and you add three years of life expectancy. Then his voice sounds again. "Young man, you forgot something." Leonard Cohen is my tape recorder in hand.
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Re: Cohen quotes Jay-Z in French language interview, Hilario

Postby mnkyface » Thu Feb 09, 2012 10:49 am

:lol: :lol: :lol: :lol: :lol:
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Re: Cohen quotes Jay-Z in French language interview, Hilario

Postby LisaLCFan » Fri Feb 10, 2012 4:32 am

Love it!! Leonard Cohen is so cool! 8)

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